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Napoléon Bonaparte

D'entre 958 au total dans les Prophéties de Nostradamus, 177 quatrains (§411-§587) accomplis dans l'histoire concernant Napoléon Bonaparte.
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§587 Pie VI, Pie VII et Napoléon Bonaparte (3) (1799-1815): II-88.

II-88 (§587):

Le circuit du grand faict ruineux

Le nom septiesme du cinquiesme sera:

D'un tiers plus grand l'estrange belliqueux.

Monton, Lutece, Aix ne garantira.

NOTES
: Le circuit du grand: = L’Empire français et ses états satellites de Napoléon Bonaparte = Despuis Pannons jusques Hercules la hare (§485, V-13): l’empire napoléonien depuis Pannonie jusqu’à Gibraltar: « 1806. 12 juillet: Création de la Confédération du Rhin. Elle regroupe seize royaumes, principautés ou grands-duchés de l’Allemagne du Sud, dont la Bavière et le Wurtemberg. Le centre de la Confédération est à Francfort où siège Dalberg, le prince-primat. Napoléon est le protecteur de cette Confédération qui s’unit à l’Empire français par un traité défensif-offensif et lui fournit soixante-cinq mille hommes. C’est une phase capitale de l’hégémonie française en Europe. Le Saint Empire romain germanique fondé en 902 disparaît de fait et François II devra bientôt renoncer à son titre d’empereur d’Allemagne. La naissance de cette Confédération jette l’inquiétude à la cour de Prusse.» (Bertaud, 1992, p.96); « 1806. 6 août: François II renonce au titre d’empereur d’Allemagne et reste François Ier d’Autriche.» (id.); « 1809. 3 décembre: Discours de l’Empereur à l’ouverture de la session du corps législatif au palais des Tuileries. « J’ai soumis l’Aragon et la Castille et chassé de Madrid le gouvernemenr fallacieux formé par l’Angleterre... Les provinces Illyriennes portent sur la Save les frontières de mon grand empire. Contigu avec l’empire de Constantinople, je me trouverai en situation naturelle de surveiller les premiers intérêts de mon commerce dans la Méditerrannée, l’Adriatique et le Levant.».» (Bertaud, id., p.143). cf. « Romain pouvoir sera du tout abas, Son grand voysin imiter ses vestiges » (§469, III-63): « A Vienne, François déclara renoncer à son titre d’empereur allemand (6 août 1806); il n’était plus qu’empereur d’Autriche. Au Saint-Empire romain de nation germanique, qui avait eu mille ans d’existence, se substituait le nouvel Empire napoléonien, fédératif et de famille bonapartiste.» (Pariset, 1921, p.391).

Le circuit du grand [sera] faict ruineux: « Napoléon Ier (l’estrange belliqueux) incapable de garder ses conquêtes malgré des guerres incessantes.» (Hutin, 1972, p.158); « 20 novemb. [1815] Un traité de paix est signé à Paris, entre la France, d'une part; l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie, d'autre part. Les articles 1, 2, 3, 4, resserrent le territoire français sur les frontières du nord et de l'est, non seulement en dépouillant la France des annexations résultant du traité du 30 mai 1814, et qui régularisaient ses limites, mais encore en détachant plusieurs cantons importans. De cette manière, l'Alsace est ouverte, et en quelque sorte démantelée.» (Montgaillard, VIII, p.300).

Le nom septiesme du cinquiesme sera
: = Le nom septiesme [sera celui] du cinquiesme. Cette manière de formuler un nom suppose qu’il s’agit des noms de souverains temporels ou spirituels dans la perspective des Prophéties de Nostradamus qui raconteront « que les regnes sectes & religions seront changés si opposites,... » (№1, p.33); «  ... puisque le présent quatrain stipule que ce pape serait le septième du nom, il ne reste qu’à l’identifier dans la nomenclature du Saint-Siège. De 1565 [sic] à aujourd’hui, trois papes seulement remplissent ce critère: Urban VII, élu pape en 1590 et décédé la même année, Alexandre VII, qui régna de 1655 à 1667 et enfin, Pie VII, élu en 1800 et qui décéda en 1823... Parmi ces pères de l’Église, un seul d’entre eux ...: Pie VII, qui assista aussi à la création et à la déchéance de l’Empire napoléonien.» (Dufresne, 1991, p.235); Cf. « Sera esleu Romain de bon aage » (§586, V-56): « ... Le lendemain 14 mars 1800, on alla aux voix, comme cela se pratique deux fois par jour. Ce sentiment exquis et pieux, qui ramène tôt ou tard les cardinaux à ce qui est vrai, sage, utile et nécessaire, devoit triompher: le nom du candidat étoit vénéré; ce cardinal aimable, affectueux y étoit là devant ses collègues, embarrassé de tant de gloire, effrayé de ces honneurs, plus tremblant que celui qui craint de perdre le fruit d'une bassesse, encore prêt à sourire à quiconque lui annonceroit que l’on consentiroit à ne pas accepter son sacrifice. Les scrutins lus au milieu du silence le plus imposant, sont unanimes moins une voix (celle du Bénédictin): le cardinal Chiaramonti est élu Pape (après cent quatre jours de conclave, parce que cette année-là février ne fut pas bissextil) et il déclare qu'il prend le nom de Pie VII, en témoignage du souvenir de la protection de son bienfaiteur Pie VI.» (Artaud, 1837, p.103-104)

D'un tiers
: = Napoléon Bonaparte du tiers état; bien que son père était un gentilhomme en Corse (cf. Lentz, 1998, p.15), il s’identifie essentiellement par son adhésion à la société révolutionnée de la France, où il est promu de plus en plus haut en militaire; « De souldat simple parviendra en empire, De robe courte parviendra à la longue » (§453, VIII-57).

Plus grand
: = Napoléon Ier se croît plus grand que le pape: « L’histoire m’a indiqué la conduite que je devais tenir envers Rome. Les papes, devenus souverains d’une partie de l’Italie, se sont montrés constamment les ennemis de toute puissance prépondérante dans la Péninsule; ils ont employé leur influence spirituelle pour lui nuire. Il m’a donc été démontré que l’influence spirituelle exercée dans mes États par un souverain étranger était contraire à l’indépendance de la France, à la dignité et à la sûreté de mon trône.» (Bertaud, 1992, p.143); « 1804. 7 septembre (20 fructidor): Napoléon visite Aix-la-Chapelle et s’incline devant le tombeau de Charlemagne qu’il présente comme son auguste prédécesseur et dont il revendique la succession morale.» (Bertaud, 1992, p.71); « Pour le pape, je suis Charlemagne, parce que comme Charlemegne je réunis la couronne de France à celle des Lombards et que mon empire confine avec l’Orient. J’entends donc que l’on règle avec moi sa conduite sur ce point de vue. Je ne changerai rien aux apparences si l’on se conduit bien, autrement je réduirai le pape à être évêque de Rome.» (Pariset, 1921, p.303).

L'estrange
: = « Pont & sepulchre en deux estranges lieux » (§571, I-37), c’est-à-dire que Napoléon Bonaparte peut se désigner comme étranger à la France, en étant conçu en Corse (génoise) et mort à Sainte-Hélène (britannique).

Belliqueux
: = « Un Empereur Qu’on trouvera moins prince que boucher » (§454, I-60); « Vaillant aux armes » (§453, VIII-57).

Monton
: L’anagramme de  mouton, symbolisant la papauté, n et u se confondant parfois en typographie ancienne.

Lutece: = « Lutèce, lat. Lutetia, a. n. de Paris.» (Petit Robert).

Aix: = « Aix-la-Chapelle (Aachen).
From 813 to 1531, all emperors were crowned at Aix.» (Leoni, 1982, p.599).

Monton, Lutece, Aix ne garantira: = Lutece ne garantira Monton, Aix, c’est-à-dire que Napoléon Bonaparte (Paris) vaincra la papauté (mouton) et le Saint Empire romain germanique (Aix-la-Chapelle).

Lutece ne garantira Monton: C’est-à-dire que Napoléon Bonaparte (Paris) vaincra la papauté (mouton): « 1810. 17 février: Réunion des
États pontificaux à l’Empire. L’État de Rome est partagé en deux départements français (département de Rome et département de Trasimène).» (Bertaud, 1992, p.147)..

Lutece ne garantira Aix: C’est-à-dire que Napoléon Bonaparte (Paris) vaincra le Saint Empire romain germanique (Aix-la-Chapelle): « A Vienne, François déclara renoncer à son titre d’empereur allemand (6 août 1806); il n’était plus qu’empereur d’Autriche. Au Saint-Empire romain de nation germanique, qui avait eu mille ans d’existence, se substituait le nouvel Empire napoléonien, fédératif et de famille bonapartiste.» (Pariset, 1921, p.391).
 
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§586 Pie VI, Pie VII et Napoléon Bonaparte (2) (1799-1823): V-56.

V-56 (§586):

Par le trespas du tresvieillart pontife,
Sera esleu Romain de bon aage:
Qu’il sera dict que le siege debiffe,
Et long tiendra & de picquant ouvrage.

NOTES
: Par le trespas du tresvieillart pontife, Sera esleu Romain de bon aage: « La mort de Pie VI à l’âge très avancé de 81 ans, 8 mois et 2 jours, et après un règne de 24 ans, 6 mois et 14 jours, fera élire Pie VII, né à Césène en Romagne (États de l’Église), élu à l’âge de 57 ans et 7 mois, âge le mieux approprié aux charges du souverain pontificat.» (Torné-Chavigny, 1861, p.202).

Le trespas du tresvieillart pontife: « Le directoire craignoit de voir la guerre se rallumer, et il donna l'ordre de transporter Pie VI en France. Partout il reçut de la nation des témoignages de respect. A Grenoble, des dames de la ville se déguisèrent en servantes, pour avoir occasion de l'approcher, et de lui demander sa bénédiction. Des protestans même montrèrent publiquement leur admiration pour son courage. De Grenoble, il fut conduit à Valence, en Dauphiné, où la société de monsignor Spina, archevêque de Corinthe, ne lui fut heureusement pas refusée. C'est là que cet infortuné Pontife succomba à ses douleurs, le 29 août 1799, âgé de quatre-vingt-un ans, huit mois et deux jours, après avoir gouverné le Saint Siège vingt-quatre ans, six mois et quatorze jours, règne qui avoit surpassé, en durée, celui de tous ses prédécesseurs depuis Saint Pierre.» (Artaud, 1837, p.79).

Sera esleu Romain de bon aage
: « On voit que le prélat Consalvi, qui savoit ce qu'il vouloit, mais qui ne le disoit pas entièrement, excluoît, sans indiquer un choix. Mais une partie du secret de son plan devoit se deviner. « Le Pape d'un caractère doux, affable et modéré, à la voix paternelle, indépendant, dont le sacré collège devoit espérer de diriger les projets et les travaux pour le bien de la religion,» ne pouvoit être que le cardinal évêque d'Imola... ... Le lendemain 14 mars 1800, on alla aux voix, comme cela se pratique deux fois par jour. Ce sentiment exquis et pieux, qui ramène tôt ou tard les cardinaux à ce qui est vrai, sage, utile et nécessaire, devoit triompher: le nom du candidat étoit vénéré; ce cardinal aimable, affectueux y étoit là devant ses collègues, embarrassé de tant de gloire, effrayé de ces honneurs, plus tremblant que celui qui craint de perdre le fruit d'une bassesse, encore prêt à sourire à quiconque lui annonceroit que l’on consentiroit à ne pas accepter son sacrifice. Les scrutins lus au milieu du silence le plus imposant, sont unanimes moins une voix (celle du Bénédictin): le cardinal Chiaramonti est élu Pape (après cent quatre jours de conclave, parce que cette année-là février ne fut pas bissextil) et il déclare qu'il prend le nom de Pie VII, en témoignage du souvenir de la protection de son bienfaiteur Pie VI.» (Artaud, id., p.97-104)

Debiffe
: = debife (§585, V-15), de « Debiffer. Maltraiter, mettre en mauvais état. – Debiffé. Endommagé, en mauvais état.» (Godefroy).

Qu’il sera dict que le siege debiffe
: « 1809. 6 juillet: A Rome, le pape est enlevé par la gendarmerie française et déporté en France. Tout l’appareil gouvernemental du Saint-Siège est paralysé.» (Bertaud, 1992, p.137); « 1810. 17 février: Réunion des
États pontificaux à l’Empire. L’État de Rome est partagé en deux départements français (département de Rome et département de Trasimène).» ( Bertaud, id., p.147).
 
Et long tiendra
: « Il [Pie VII] mourra à 83 ans, après 23 années de règne.» (Torné-Chavigny, id.).

& de picquant ouvrage: = & d’ouvrage picquant: Pie VII se comporte comme souverain de l’Église avec l’autorité spirituelle sévère envers la persécution de Bonaparte: « 1804. 1er décembre (10 frimaire): ... Ce même jour, Joséphine, qui n’est pas mariée que civilement le confesse au pape. Celui-ci exige un mariage religieux
.» (Bertaud, 1992, p.73); « 1807. 2 décembre: Pie VII refuse de se soumettre aux exigences temporelles de Napoléon.» (id., p.115); « L’Empereur lui reprochant de laisser ses ports ouverts au commerce anglais lui enlève Ancône en 1805 puis le Bénévent et Ponte-Corvo en 1806. Le pape refusant de rompre avec l’Angleterre, ses États sont envahis et annexés à la France.» (id., p.300); « 1808. 12 mai: Pie VII refuse d’instituer l’archevêque de Malines nommé par Napoléon. C’est le début d’une tactique employée par le pape contre son oppresseur. Il bloque ainsi la vie de l’Église de France.» (id., p.122); « 1809. 6 juillet: A Rome, le pape est enlevé par la gendarmerie française et déporté en France. Tout l’appareil gouvernemental du Saint-Siège est paralysé. La nuit même de l’arrestation, une bulle d’excommunication, « contre tous les auteurs de la spoliation » subie par le pape, est publiée.» (id., p.137); « 1809. 26 août: De Savone, Pie VII refuse l’institution canonique aux nouveaux évêques nommés par Napoléon. Agissant ainsi, il continue à bloquer la mission spirituelle de ces évêques et la vie de l’Église dans plusieurs départements.» (id., p.139); « 1809. 15 décembre: Sénatus-consulte prononçant le divorce de Napoléon et de Joséphine... Mais Napoléon s’abstient de demander l’autorisation au Saint-Siège... Les catholiques pouvaient en tirer la conclusion que les motifs religieux du divorce étaient bien légers et que, de toute manière, le pape l’aurait refusé après sa bulle d’excommunication de plus en plus connue du pays. Le divorce ne peut qu’accroître la crise avec le pape et porter les catholiques à la rupture avec Napoléon.» (id., p.144); « 1810. 2 avril: Le mariage de Napoléon et de Marie-Louise est célébré par le cardinal Fesch aux Tuileries. Treize cardinaux italiens, pour protester contre les spoliations dont a été victime la papauté, refusent d’y participer.» (id., p.150); « 1811. 20 septembre: Le pape donne un bref adressé aux archevêques et aux évêques. Il précise que l’évêque qui procédera à une institution le fera au nom du Souverain Pontife.» (id., p.168); « 1811. 17 novembre: Pie VII refuse d’instituer les évêques nommés dans les États que l’Empereur lui a confisqués et dont il ne reconnaît pas l’annexion.» (id., p.168-169); « 1811. 3 décembre: Pie VII apprend que le bref qu’il a rédigé ne sera pas reçu en France, étant jugé injurieux pour l’autorité de l’Empereur. Le pape fait alors savoir qu’il ne reviendra en rien sur sa position et que sa résolution inflexible est fondée sur une « inspiration dans ses prières».» (id., p.169); « Le 17 janvier 1814, M. de Beaumont, évêque de Plaisance, lui présenta un projet de traité, par lequel on rendait au Saint-Père la partie occidentale de ses états. Le pape répondit: « La restitution de mes états est un acte de justice, et ne peut devenir l’objet d’un traité, il est inutile de me presser à cet égard: tout ce que je ferai ici paraîtrait l’effet de la violence; je ne demande qu’à retourner à Rome, et alors nul obstacle ne m’arrêtera pour remédier aux maux de l’Eglise.»» (Feller7E, s.v.).
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§585 Pie VI, Pie VII et Napoléon Bonaparte (1797-1823): V-15.

V-15 (§585 ):

En navigant captif prins grand pontife,

Grans apretz faillir les clercz tumultuez:

Second esleu absent son bien debife,

Son favory bastard à mort tue.

NOTES
: Grand pontife: = Le Pape Pie VI auprès du « Second esleu » qui sera Pie VII. Le quatrain V-56 (§586) raconte que « Par le trespas du tresvieillart pontife [Pie VI âgé de 81 ans], Sera esleu Romain de bon aage [Pie VII âgé de 57 ans]»; « Ce GRAND PONTIFE est Pie VI, celui dont il est dit dans le dernier vers du quatrain [V-14 (§473)]: ET ROMAIN SCEPTRE SERA PAR COQ FRAPPÉ.» (Torné-Chavigny, 1861, p.200).

Apret: = « apreste, s.f., apprêt, préparatif.» (Godefroy).

Grans apretz
: Grands préparatifs, i.e. le conclave à Venise pour élire le successeur de Pie VI.

Faillir
: « v.a., manquer, laisser échapper.» (Godefroy).

Tumultuez
: = tumultué (rimé avec tue = tué du vers 4), p.p. de « tumultuer, v.n., s’agiter tumultueusement.» (Godefroy).

En navigant captif prins grand pontife
: « Ancône avoit bien deviné ce qu'il falloit penser des événemens du 28 décembre [1797]. L'historien de cette ville, M. Léoni, dit en propres termes: « A Rome, le Français Duphot est tué, au moment où il tente de mettre en révolution cette ville.» En conséquence, des Romains qui se trouvoient à Ancône demandent au général Berthier, qui ne gardoit pas le secret qu'on lui avoit confié, la permission de faire disposer un drapeau destiné à être placé sur le Capitole. Ces Romains choisirent d'eux-mêmes les couleurs noire, blanche et rouge, qui, en effet, devinrent celles de la nouvelle république romaine. Berthier arrive la nuit près de Monte Mario, où campèrent toutes les armées qui avoient assiégé Rome. Voici ce que Berthier écrit, le 29 pluviôse (17 février 1798), au général Bonaparte:

« Ce sont vos victoires, citoyen général, qui ont donné à l'armée française les moyens de marcher à Rome, pour y venger sur son gouvernement l'assassinat du brave général Duphot: l'armée française s'est montrée, et Rome est libre. Le 27, le peuple de cette immense capitale réuni, a déclaré son indépendance et a repris ses droits. Une députation m'a porté son vœu, et je suis entré dans Rome, où, parvenu au Capitole, j'ai reconnu la république romaine indépendante, au nom de la république française. Arrivé à la porte dite du Peuple, des députés nous ont présenté une couronne au nom du peuple Romain. Je leur ai dit, en l'acceptant, qu'elle appartenoit au général Bonaparte, dont les exploits avoient préparé la liberté romaine; que je la recevois pour lui, que je la lui enverrois au nom du peuple de cette capitale. Je charge mon frère, citoyen général, de vous la remettre. C'est à vous que je dois le moment heureux qui m'a mis à même de proclamer la liberté romaine.

Recevez ici les assurances de mon éternelle reconnoissance.

Al. BERTHIER.»

L'infortuné souverain, qui eût pu éviter un sort déplorable en prenant la route de Naples, fut déclaré prisonnier [captif prins grand pontife]. On dit ensuite, avec une ignoble ironie, que puisqu'il avoit aimé les voyages [En navigant], il falloit satisfaire son penchant. Il prioit avec une douceur touchante qu'on le laissât mourir à Rome. « Vous mourrez partout, lui répondit le calviniste Haller.» Par ordre du directoire, le Pape, d'abord captif dans ses appartemens [captif prins grand pontife], fut dépouillé de ses bagues, même de l’anneau pontifical, et reçut l'ordre de se préparer à quitter Rome [En navigant]. Une tempête obscurcissent encore la nuit; néanmoins il est jeté dans une voiture, à quatre heures du matin, le 20 février, et conduit sur la place qui précède la porte Angélique. Ses battans roulèrent sur leurs gonds, mais ils ne s'entr'ouvrirent que pour l'espace absolument nécessaire au passage de la voiture [En navigant]. Hors des portes, le Pontife rencontra une foule de ses sujets, qui lui donnèrent courageusement des témoignages de leur amour et de leur vénération. Le gouvernement français avoit écrit à son général, il y avoit quelque temps: « Vous ferez chanceler la tiare au prétendu chef de l'Église universelle.» L'heure étoit venue où on devoit lui arracher le trirègne. A Sienne, le Prince de Rome étoit encore trop près de sa capitale; on le conduisit à la Chartreuse de Florence [En navigant]. Là il eut la consolation de recevoir les hommages et les condoléances du roi de Sardaigne, Charles Emmanuel IV, et de la reine Clotilde de France, sœur de Louis XVI, expulsés de leurs états du continent. Le jour où ces souverains partirent pour Cagliari, la reine Clotilde se mit à genoux et pria le Pape d'accepter un anneau d'un grand prix: le Pontife l'ayant placé à son doigt, promit que, s'il le pouvoit, il le porteroit tout le reste de sa pauvre vie.» (Artaud, 1837, p.56-59).

« PIE VI TRANSFÉRÉ A VALENCE. SA MORT. Cependant le Pontife n'étoit pas tellement surveillé à la Chartreuse de Florence, qu'il ne pût entretenir quelques correspondances avec sa famille, et recevoir d'autres consolations du roi et de la reine de Sardaigne. La reine Clotilde surtout, dans son dévouement, pressoit le Pape d'aller en Sardaigne, où il jouiroit au moins d'une entière liberté: mais ce projet fut abandonné, ainsi que nous le voyons dans la lettre suivante, que l'auguste captif adressoit à son neveu, le cardinal Braschi. Cette lettre, la dernière peut-être dans laquelle Pie VI ait pu manifester toute sa pensée, a cela de particulier, qu'elle est datée de la vingt-cinquième année de son pontificat. En effet, il avoit été élu pape le 15 février 1775, et le vingt-quatrième anniversaire de son élection étoit accompli, le 15 février 1799 (Au moment où Berthier montoit au Capitole, le Sacré-Collège, réuni à la chapelle Sixtine, assistoit paisiblement à la cérémonie de l'anniversaire de la création du Pontife. Héroïque régularité qui peint bien la cour romaine !). On verra aussi dans cette lettre, qu'il faisoit des vœux pour les Anglais, qui, en effet, lui témoignoient le désir de contribuer à sa délivrance.

      T
RÈS-AIMÉ NEVEU,
« Personne ne met plus en doute à présent la prise de Corfou; actuellement nous saurons si les Anglais vont délivrer Malte, comme ils l’ont dit... Il y a trois jours, par suite d'une lettre du directoire, je devois être transporté à Cagliari, mais l'ambassadeur français s'est mis à la traverse et n'a pas voulu que je partisse, disant que le roi de Piémont étant à Cagliari, je ne devois pas y aller. L'abbé Tosi est venu ici de Sicile, et précisément de Palerme, on ne sait pas pouiquoi faire. Il y a quatre jours qu'il est à Florence; je ne l'ai pas encore vu. J'ai su avec plaisir que le noble Pésaro se fait honneur en purgeant votre ville des Jacobins; mais quoique j'y aie pensé et repensé, je n'ai jamais pu me rappeler que son frère ait été ambassadeur à Rome. Le marquis Manfrédini, premier ministre du grand duc, a été à Mantoue pour empêcher l'exécution de l'ordre du directoire qui nous envoyoit en Sardaigne. Nous verrons s'il réussira dans ce qu'il désire, comme cela paroît vraisemblable. Grâces à Dieu, depuis quelques jours nous nous portons mieux qu'auparavant, quoique la foiblesse des genoux nous tourmente encore, car nous ne pouvons marcher sans avoir un appui. Nous vous envoyons de tout cœur, la bénédiction apostolique. Donné à la Chartreuse de San Casciano près Florence, le 22 mars de l'an 1799, de notre Pontificat le vingt-cinquième.      Pius PP. VI. »


 Le directoire craignoit de voir la guerre se rallumer, et il donna l'ordre de transporter Pie VI en France [En navigant]. Partout il reçut de la nation des témoignages de respect. A Grenoble [En navigant], des dames de la ville se déguisèrent en servantes, pour avoir occasion de l'approcher, et de lui demander sa bénédiction. Des protestans même montrèrent publiquement leur admiration pour son courage. De Grenoble, il fut conduit à Valence, en Dauphiné [En navigant], où la société de monsignor Spina, archevêque de Corinthe, ne lui fut heureusement pas refusée. C'est là que cet infortuné Pontife succomba à ses douleurs, le 29 août 1799, âgé de quatre-vingt-un ans, huit mois et deux jours, après avoir gouverné le Saint Siège vingt-quatre ans, six mois et quatorze jours, règne qui avoit surpassé, en durée, celui de tous ses prédécesseurs depuis Saint Pierre. L'abbé, Tosi nous dira combien la mort du Pontife fut courageuse et chrétienne. Pie VI avant de mourir, ordonna que l’on retirât de son doigt l’anneau de prix qu'il avoit reçu de la reine Clotilde, et qu'on le remît au successeur qu'éliroit le sacré Collège.» (Artaud, 1837, p.77-79).

Grans apretz faillir les clercz tumultuez
: Le conclave à Venise manquant onze cardinaux à cause des situations révolutionnaires de l’Europe. « 
CONCLAVE DE VENISE. BONAPARTE avoit été porter [sic] sa fortune et sa gloire en Égypte, et régler [sic], sous ses minarets, les plans qu'il méditoit pour la France. Les armées du directoire, commandées par Schérer, éprouvoient des échecs en Italie. Les cardinaux [les clercz] pensèrent alors à s'assembler pour choisir un successeur à Pie VI, et après des démarches, des contrariétés, des obstacles de toute nature, ils se réunirent à Venise, le 1er décembre de la même année 1799, au nombre de 35 (Voici les noms de ces cardinaux: Albani, duc d'Yorck, Antonelli, Valenti Gonzaga, Caraffa Trajetto, Zelada, Calcagnini, Mattéi, Archetti, Joseph Doria, Livizzani, Borgia, Caprara, Vincenti, Maury, Pignatelli, Roverella, la Somaglia, Antoine Doria, Braschi, Carandini, Flangini, Rinuncini, Honorati, Giovanetti, Gerdil, Martiniana, Herzan de Harras, Bellisomi, Chiaramonti, Lorenzana, Busca, Dugnani, de Pretis, Fabrice Ruffo. Il existoit encore, dans diverses parties de l'Europe, onze cardinaux; mais plusieurs circonstances les avoient empêchés de venir [Grans apretz faillir les clercz tumultuez]. C'étaient les cardinaux Sentmana, Mendoza, Gallo, La Rochefoucauld, Rohan, Montmorency-Laval, Frankenberg, Migazzi, Bathyany, Ranuzzi, Zurlo. A la rigueur, il existait quarante-sept cardinaux, si on compte le cardinal Antici, mais il avoit donné, entre les mains de Pie VI, une démission régulière acceptée par un bref, auquel avoient adhéré trente-sept cardinaux. Néanmoins, Antici se présentoit à Venise, pour entrer au conclave. Ses anciens collègues ne voulurent pas l'admettre, et ils eurent raison.).» (Artaud, id., p.80).

Second esleu: = Pie VII = L'abbé (§584, II-56). « 
DEBATS DES CARDINAUX. MONSIGNOR CONSALVI SECRÉTAIRE DU CONCLAVE. ÉLECTION DU CARDINAL CHIARAMONTI QUI PREND LE NOM DE PIE VII.  Monsignor Consalvi, Romain, étoit secrétaire du conclave. On voit qu'il ne comptait pas encore 43 ans. Voici comment il étoit parvenu à ce dernier emploi. Ce prélat, homme d'un esprit fin et pénétrant, en ressentant les premières ardeurs de l'ambition, savoit que pour être secrétaire du conclave, on devoit avoir été précédemment secrétaire du consistoire. Cette dernière place appartenoit à Monsignor Négrone, homme très-âgé. Consalvi lui avoit exposé que pour se rendre à Venise, et entreprendre dans l'hiver un voyage pénible, il falloit d'autres forces et d'autres moyens de santé que ceux qu'avoit pu conserver un vieillard. Négrone en effet ayant reconnu qu'il n'étoit pas en état de partir, Consalvi lui avoit proposé de le remplacer, et de se dévouer ainsi pour les intérêts de la cour romaine. Muni de lettres pressantes de Négrone, qui le désignoit comme un digne successeur, il s'étoit vu agréé par les cardinaux: de bonne heure il avoit deviné les vues de l'Autriche, bien servies, sous quelques rapports, mais mal dissimulées par le cardinal Herzan, et remarqué au même instant que Bellisomi porté par la faction Braschi, et Mattéi porté par la faction Antonelli, ne seroient élus ni l'un ni l'autre, tandis que le cardinal Chiaramonti, négligé par la faction Braschi à laquelle l'attachoient la parenté et la reconnoissance, étoit un des sujets qui, pour beaucoup de raisons, méritoient la préférence. Le secrétaire laissa les factions user leurs forces. Ensuite, il représenta à plusieurs cardinaux que dans les circonstances malheureuses où se trouvoit le Saint Siège, il falloit choisir un Pape d'un caractère doux, affable et modéré, dont la voix paternelle cherchât à diminuer le mal; qu'un pontife d'un caractère hardi, et qu'on croyoit disposé à faire la guerre, avoit déjà perdu une partie de l'héritage de saint Pierre. Il examina la situation de tous les candidats proposés...» (Artaud, id., p. 87-89).

« Le secrétaire observoit qu’il convenoit de chercher une nouvelle force dans toutes les ressources qui ne manquent pas à un souverain comme le Pape, père commun des fidèles; après avoir remarqué qu'aucun prince n'avoit fait des efforts francs et directs en faveur de Louis XVIII, que Rome auroit tant aimé à servir, le prélat alloit jusqu'à insinuer que la France, auparavant déchirée par des troubles, avoit retrouvé Bonaparte devenu premier consul; qu'il étoit échappé à cet homme mystérieux de dire un jour: « Que l'on traite avec moi, je n'approuve pas les violences; je suis le meilleur ami de Rome;» que ces paroles ne pouvoient être qu'une disposition de son cœur, un penchant irrésistible, dont l’expression s'étoit fait jour malgré lui dans la circonstance gênée et espionnée où il les avoit prononcées. Le secrétaire disoit que la France étoit pacifiée et désiroit peut-être se rapprocher du Saint Siège; que la gloire d'un rapprochement paroissoit réservée à Bonaparte toujours vainqueur, qui probablement alloit bientôt reconquérir son Italie, et qui deviendroit ainsi le maître d'exécuter sa pensée sans contrôle. C'étoit peut-être à Paris, dans cette ville changeante qui avoit porté à la religion des coups si douloureux, qu'il falloit solliciter une protection puissante et redemander les États de l'Église, si la victoire devoit accompagner de nouveau les armées françaises. Il finit ainsi: « C'est à vous de rechercher, de deviner les secrets de la providence ! et ne fait-elle pas arriver sa gloire et sa magnificence par des voies que l'on fuit, dans la crainte de trouver encore la désolation et la mort ! Faites donc vite et très-vite, Eminences; jamais un conclave ne fut appelé à une plus noble mission. Autrefois des pontifes habiles et divinement inspirés ont sauvé Rome d'affreux malheurs. Aujourd’hui la pourpre infirme, dispersée par des cataclysmes imprévus, mais haute de courage, et toujours chez elle (sempre a casa), même dans un État étranger, sauvera à jamais le Saint Siège, élira promptement le chef dont ensuite elle dirigera les projets et les travaux pour le bien de la religion.» ...Il y a certainement d'ardentes ambitions parmi les cardinaux, mais on a remarqué constamment que ces ambitions cèdent toujours à quelque chose d'honnête, de vertueux et de résigné, qui enfin se trouve au fond du cœur, et que le serment auguste de cardinal représente souvent à la pensée des plus avides de fortune et de considération. On voit que le prélat Consalvi, qui savoit ce qu'il vouloit, mais qui ne le disoit pas entièrement, excluoît, sans indiquer un choix. Mais une partie du secret de son plan devoit se deviner. « Le Pape d'un caractère doux, affable et modéré, à la voix paternelle, indépendant, dont le sacré collège devoit espérer de diriger les projets et les travaux pour le bien de la religion,» ne pouvoit être que le cardinal évêque d'Imola.» (Artaud, id., p. 93-95).

« Celui des cardinaux que le prélat Consalvi eut le plus de peine à gagner, fut le cardinal Chiaramonti, à qui il avoit annoncé qu'il vouloit le faire Pape. Il fallut plus de deux semaines, pour répondre aux scrupules de l'antique Église, qu'opposoit l'humble fils de saint Benoît. Mais enfin le modeste religieux, après avoir long-temps résisté, avoit tant de mansuétude dans le caractère, qu'il parut se rendre à ce qu'on désiroit de lui... Consalvi, en bon avocat qui avoit gardé pour les derniers les argument les plus persuasifs, se livra comme à un mouvement de brusquerie et d'humeur qui frappa Chiaramonti, et il lui dit, avec une sorte de pétulance: « Vous n'avez rien à répondre à ceci; je considère tous les cardinaux les uns après les autres; c'étoit une nécessité, j'en conviens, mais ils ont été trop longtemps exposés à la curiosité de tous pour notre ville de Rome. Un long séjour dans la capitale est d'un grand empêchement à une candidature, parce qu’il est impossible qu'on n'ait pas heurté une vanité, mortifié une prétention, servi l'ennemi d'un homme en faveur, enfin fait du mal ou fait du bien, là où il est malheureux d'en avoir fait. Qui peut cacher assez ses défauts pendant dix ans, pendant cinq ans, pendant un an même? quel homme apprend à rester une statue de bois? Vous, on ne vous a jamais vu, on ne vous connoît pas; on sait que vous êtes un bon évêque; votre tenue au conclave a été pleine de mesure: à qui peut-on mieux confier qu'à vous la religion des réparations? qui soutiendra mieux que vous les brefs de condamnation lancés par Pie VI? Enfin, souvenez-vous, monsieur le cardinal, que si dans un conclave il est mal, comme vous le croyez avec raison, de solliciter des suffrages, il est plus mal, Eminence, lorsqu'on réunit en soi tous les degrés de convenances, de qualités douces et de mérite adaptés aux circonstances, qui font, et sur-le-champ, un bon pape, il est indigne de se refuser aux vœux des hommes intelligens et sagaces, qui savent le prix du temps, et sont obligés dans leur conscience, quand ils ont bien choisi, d'accomplir leur mission. Allez, monsieur, on vous élira malgré vous, vous êtes le pape de ce conclave, quoique né à Césène.» Chiaramonti vouloit encore répliquer, mais Consalvi étoit sorti de la cellule... ... Le lendemain 14 mars 1800, on alla aux voix, comme cela se pratique deux fois par jour. Ce sentiment exquis et pieux, qui ramène tôt ou tard les cardinaux à ce qui est vrai, sage, utile et nécessaire, devoit triompher: le nom du candidat étoit vénéré; ce cardinal aimable, affectueux y étoit là devant ses collègues, embarrassé de tant de gloire, effrayé de ces honneurs, plus tremblant que celui qui craint de perdre le fruit d'une bassesse, encore prêt à sourire à quiconque lui annonceroit que l’on consentiroit à ne pas accepter son sacrifice. Les scrutins lus au milieu du silence le plus imposant, sont unanimes moins une voix (celle du Bénédictin): le cardinal Chiaramonti est élu Pape (après cent quatre jours de conclave, parce que cette année-là février ne fut pas bissextil) et il déclare qu'il prend le nom de Pie VII, en témoignage du souvenir de la protection de son bienfaiteur Pie VI.» (Artaud, id., p.95-104)

Second esleu absent
: « 1809 6 juillet: A Rome, le pape est enlevé par la gendarmerie française et déporté en France. Tout l’appareil gouvernemental du Saint-Siège est paralysé. La nuit m
ême de l’arrestation, une bulle d’excommunication, « contre tous les auteurs de la spoliation » subie par le pape, est publiée.» (Bertaud, 1992, p.137).

Debife: De « Debiffer. Maltraiter, mettre en mauvais état. – Debiffé. Endommagé, en mauvais état.» (Godefroy).

Son bien debife
: « 1808. – En Italie, il [Napoléon] fait occuper Rome sur une menace d’excommunication de Pie VII (2 avril), s’empare des légations, d’Urbin, d’Anc
ône, de Macerata, de Camerino. Un sénatus-consulte réunit à l’empire les duchés de Parme et Plaisance et le ci-devant royaume d’Étrurie (24 mai). Quatre nouveaux départements: Ombrone, chef-lieu Sienna; Arno, chef-lieu Florence; Méditerranée, chef-lieu Livourne; Taro, chef-lieu Parme.» (Dreyss); « 1809. – De Vienne, Napoléon décrète la réunion des États romains à l’empire (17 mai).» (Dreyss); « 1810 17 février: Réunion des États pontificaux à l’Empire. L’État de Rome est partagé en deux départements français (département de Rome et département de Trasimène). La ville de Rome est faite seconde ville de l’Empire, le prince impérial portera le titre de roi de Rome. Après avoir été couronnés à Paris, les empereurs français le seront à Rome.» ( Bertaud, id., p.147).

A mort tue
[tué]: = « Cent foys mourra le tyran inhumain » (§583, X-90); « Pléonasme qui rappelle les termes de la condamnation portée par Dieu contre l’homme, dans le cas où il toucherait au fruit défendu: Morte morieris, vous mourrez de mort.» (Torné-Chavigny, 1861, p.201).

Son favory bastard
: Bien qu’il subit des afflictions par Napoléon le despote, Pie VII toujours a la bonté chrétienne d’avoir soin de lui (favori [n.m.]) et de sa famille en détresse, le terme « bâtard [adj.]» exprimant son ambivalence naturelle auprès de Napoléon.

Son favory bastard à mort tue
: « [1821] Lorsque Pie VII apprit la mort de Napoléon, il montra le même esprit qui l'avoit porté à prier le cabinet britannique d'adoucir la captivité du grand guerrier, et il permit qu'un service funèbre fût célébré à Rome par les soins du cardinal Fesch. Le Pape dit encore, à cette occasion, plusieurs de ces mots consolans et tendres qui caractérisoient sa belle ame. Nous voyons ici disparoître la grande figure de Napoléon. Pie VIl demandoit avec avidité à connoitre les détails relatifs à la mort de celui qu'il espéroit avoir rendu à Dieu. Le Pape avoit franchement pardonné, et les assurances de bienveillance qu'il envoyoit à Sainte-Hélène ne devoient pas peu contribuer à réveiller, dans l’esprit de Napoléon, ces anciens sentimens de religion dont nous l'avons trouvé quelquefois animé. (Tom. II, pag. 190.) Ces sentimens alors étoient tels, que Pie VII, qui savoit attendre, lui disoit avec douceur: « Vous y viendrez. » Et Napoléon pouvoit-il ignorer que sa mère, trois de ses frères, une de ses sœurs recevoient à Rome une constante hospitalité! pouvoit-il ne pas s'en souvenir, lui qui aimoit sa famille, et qui peut-être l'a trop aimée ! » (Artaud, 1839, p.262).
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§584 Pie VII ayant soin de la famille de Napoléon (1814-1823): II-56.

II-56 (§584):

Que peste & glaive n'a seu definer,
Mort dans le puys sommet du ciel frappé:
L'abbé mourra quand verra ruiner,
Ceux du naufrage l'escueil voulant grapper.
(№ 3)

NOTES
: Definer: = « finir, terminer.» (Godefroy).

Que peste & glaive n'a seu definer: = [Celui] que peste & glaive n'a seu definer = celui que les guerres [peste & glaive] n’ont pas su terminer.

Que peste & glaive n'a seu definer, Mort dans le puys: = [Celui] que peste & glaive n'a seu definer [sera] mort dans le puys. Le personnage dont il s’agit dans ces vers serait Napoléon II, parce que l’expression particulière: « mort dans le puys » se réfère aux quatrains avec les semblables phrases le désignant toutes: « filz viendra plongé dedans le puis vif mort » (§555, X-15), « son filz submergé dans le puis » (§554, IV-53) et « L’enfant royal blessé au puy brises » (§556, I-65). En fait, Napoléon II avait été reconnu empereur des Français constitutionnellement à l’abdication de son père après la défaite à Waterloo en 1815, ce que les alliés ne veulent pas approuver et font restaurer les Bourbons: «  Les Chambres se prononcèrent d'abord, le 23 juin, pour Napoléon II, sans le proclamer toutefois, en reconnaissant simplement qu'il était devenu empereur « du fait de l'abdication et des Constitutions de l'Empire »... Quand cinq commissaires nommés par l'assemblée se présentèrent à Wellington pour discuter les conditions de la paix, le vainqueur leur déclara qu'il ne cesserait pas les opérations avant que Napoléon fût livré aux alliés et qu'un gouvernement régulier fût établi. Les commissaires ayant indiqué leurs préférences pour le duc d'Orléans, Wellington leur répliqua « que tout changement de dynastie était révolutionnaire », et obligerait les alliés « à chercher dans des concessions de territoire les seules garanties qui pourraient établir leur sûreté sur des bases solides ». Alors la Chambre n'essaya plus de diriger les événements; elle se mit à fabriquer une constitution. Les armées anglaise et prussienne arrivèrent le 30 juin devant Paris sans rencontrer d'obstacles. Après quelques combats d'avant-postes, Davout signa le 3 juillet la capitulation aux termes de laquelle l'armée française devait se retirer derrière la Loire avant huit jours. La Commission exécutive se déclara impuissante à gouverner, et disparut. La Chambre des pairs se sépara. La Chambre des députés voulut siéger quand même; Dessoles, un général rallié aux Bourbons, commandant de la garde nationale, envoya trente hommes occuper la salle de ses séances (8 juillet). Fouché restait seul: les alliés comprirent qu'il fallait compter avec lui. N'avait-il pas tout prévu depuis le 20 mars et tout mené depuis Waterloo? Le Roi réapparaîtrait sous la protection de ce régicide.» (Charléty, 1921, p.66-67).

Sommet
: Ce terme désigne Napoléon Ier par analogie avec ceux employés dans les vers en question: « Pere duc vieux d’ans & de soif chargé,... filz viendra plongé dedans le puis vif mort » (§555, X-15), « Le cruel pere & les siens suffoqués: son filz submergé dans le puis » (§554, IV-53) et « ... jamais veu si grand foudre: L’enfant royal blessé au puy brises » (§556, I-65).

Sommet du ciel frappé
: Napoléon Ier [sera] frappé du ciel: « [1813] Il étoit certain pour Napoléon, que depuis qu'il avoit retenu le Pape si étroitement prisonnier, la gloire des armes françaises avoit été en déclinant; le mariage avec Marie-Louise, en dépit de toutes les conséquences qu'il lui promettoit, n'étoit plus un bonheur; les flammes et les glaces de Moscow avoient répandu la consternation parmi les troupes les plus glorieuses de l'Europe, et anéanti cette armée si vaillante qui ne méritoit pas d'être si infortunée: l'on pouvoit pressentir que malgré les nouveaux sacrifices que la généreuse France consentoit à s'imposer, on n'alloit plus obtenir que les faux et incertains succès de Lützen, auxquels succéderoient les désastres de Leipsick. D'ailleurs personne n'ignore jusqu'à quelle foiblesse Napoléon étoit superstitieux pour tout ce qui tenoit à son étoile et à la continuation de sa prospérité.» (Artaud, 1839, p.58); « Napoléon continuoit d'être malheureux à la guerre. Malgré les efforts de son génie, malgré ses mouvemens rapides, ses brillans calculs, la France étoit envahie; la capitale alloit être investie... » (Artaud, id., p.81); « Le 11 avril [1814], Lucien Bonaparte écrivit d'Angleterre à Sa Sainteté une lettre où l'on remarque ces passages:
« Permettez-moi de féliciter du fond du cœur Votre Sainteté sur son heureuse et tardive délivrance, pour laquelle nous n'avons cessé de faire des vœux ardens depuis que la persécution nous a éloigné de l'asile dont nous jouissions sous votre protection paternelle... Quoique persécuté injustement par l'empereur Napoléon, le coup du ciel qui vient de le frapper ne peut pas m'être indifférent....».» (Artaud, 1839, p.83-84) = « Le divin mal surprendra le grand prince » (§488, I-88); « 1815. 31 juillet: L’Angleterre fait savoir à Napoléon que, le considérant comme prisonnier de guerre, elle le déporte à Sainte-Hélène.» (Bertaud, 1992, p.253).

Grapper
: = « graper, cueillir (des grappes de raisin); recueillir, s’emparer de.» (Godefroy).

L'abbé mourra quand verra ruiner, Ceux du naufrage l'escueil voulant grapper
: Le Pape Pie VII mourra quand il aura soin de la famille de Napoléon en détresse.

Quand verra ruiner, Ceux du naufrage l'escueil voulant grapper: « PIE VII, dont le nom était Grégoire Barnabé Chiaramonte, naquit à Césène, ville de la Romagne, dans les états romains, le 14 août 1740. ... Cependant toute l’Europe s’était liguée contre Napoléon... La chute de Napoléon rendit la liberté aux cardinaux dispersés dans plusieurs villes de la France, et ils vinrent se réunir au Saint-Père. Pie VII fit son entrée dans Rome, le 24 mai 1814, avec une pompe extraordinaire.... Mais l’heure du châtiment était arrivée. Napoléon, vaincu de nouveau par la coalition européenne, avait été forcé de faire une seconde abdication, et était tombé au pouvoir des Anglais, tandis que Murat, repoussé par les Autrichiens, s’était vu, de son côté, contraint de quitter un royaume où il ne revint que pour y trouver la mort... Le retour de Ferdinand IV dans son royaume de Naples, et les talents diplomatiques que déploya le cardinal Consalvi auprès des souverains réunis au congrès de Vienne (du Ier novembre 1814 au 9 juillet 1815), firent rendre au Saint-Père, non seulement Ancône et ses Marches, Bénévent et Ponte-Corvo, mais les trois légations de Bologne, Ravenne et Ferrare, qu’il avait été obligé de céder par le traité de Tolentino. De retour dans sa capitale, après avoir fait un court séjour à Turin, pour céder aux instances du roi de Sardaigne, Pie VII donna de nouveau ses soins aux affaires temporelles et spirituelles de ses états... » (Feller7E, s.v.).

« Le 11 avril [1814], Lucien Bonaparte [... Lucien, plus passionné, de nature plus indépendante, aurait [trouvé] Louis toujours fort soumis et dévoué à Napoléon; il lui aurait révélé les infamies qu'on débitait contre Napoléon et Hortense, et que Napoléon-Charles passait pour leur fils. Louis se révolta, et, n'étant pas de force à lutter, devint hypocondriaque. Puis Lucien, sa vengeance satisfaite, quitta Paris (12 avril 1804), rompant toute relation avec Napoléon...» (Pariset, 1921, p.213)] écrivit d'Angleterre à Sa Sainteté une lettre où l'on remarque ces passages:
« Permettez-moi de féliciter du fond du cœur Votre Sainteté sur son heureuse et tardive délivrance, pour laquelle nous n'avons cessé de faire des vœux ardens depuis que la persécution nous a éloigné de l'asile dont nous jouissions sous votre protection paternelle... Quoique persécuté injustement par l'empereur Napoléon, le coup du ciel qui vient de le frapper ne peut pas m'être indifférent. Voici depuis dix ans le seul moment où je me sens encore son frère. Je lui pardonne, je le plains, et je fais des vœux pour qu'il rentre enfin dans le giron de l’Église, et qu'il acquière des droits à l'indulgence du Père des miséricordes et aux prières de son vicaire... Sur le point de partir de cette heureuse Angleterre, où j'ai eu une captivité longue, mais douce et honorable, je prie Votre Sainteté de m'accorder, à ma femme et à nos enfans, ses bénédictions, en attendant que nous puissions les recevoir en personne, prosternés à ses pieds. De Votre Sainteté, le très-dévoué fils, etc.».» (Artaud, 1839, p.83-84)

« ... quant au Pontife, il continuoit son glorieux voyage. Cependant il devoit éprouver quelques retards. A Paris, il s'étoit fait une immense révolution, à la suite de l'occupation de cette ville. Le gouvernement provisoire prit le 2 avril [1814] l'arrêté suivant:
« Le gouvernement provisoire, instruit avec douleur des obstacles qui ont été mis au retour du Pape dans ses États, et déplorant cette continuation des outrages que Napoléon Bonaparte a fait subir à Sa Sainteté, ordonne que tout retardement à son voyage cesse à l'instant, et qu'on lui rende dans toute la route les honneurs qui lui sont dus. Les autorités civiles et militaires sont chargées de l'exécution du présent arrêté.» Le vice-roi [le prince Eugène] traita le Pape avec un grand respect, et lui facilita les moyens de se rendre à Parme [Le prince Eugène n'étoit désagréable à personne, et la manière dont il avoit fait traiter le Pape, lorsqu'il revenoit de France en 1814, étoit toujours présente au souvenir de Pie VII. (Artaud, id., p.150)], d'où il passa à Césène. Ce fut là que le Pontife donna une nouvelle preuve de la beauté, de la générosité de son ame. Il suffit de raconter ce trait dont l'antiquité n'a pas laissé d'exemple. Dans cette ville, le roi Joachim Murat demandoit à présenter ses hommages au Pape Pie VII, et il fut admis sur-le-cbamp à l'audience de Sa Sainteté. Après les premiers complimens, Joachim fit entendre qu'il ignoroit le but du voyage du Pape, — « Mais nous allons à Rome, répondit Pie VII; pouvez-vous l'ignorer? — Comment Votre Sainteté se détermine-t-elle ainsi à partir pour Rome? — Il semble que rien n'est plus naturel. — Mais Votre Sainteté veut-elle y aller malgré les Romains ? — Nous ne vous comprenons pas. — Des principaux seigneurs de Rome et de riches particuliers de la ville m'ont prié de faire passer aux puissances alliées un mémoire signé d'eux, dans lequel ils demandent à n'être gouvernés désormais que par un prince séculier. Voici ce mémoire, j'en ai envoyé à Vienne une copie; j'ai gardé l'original, et je le mets sous les yeux de Votre Sainteté, pour quelle voie les signatures.» A ces mots, le Pape prit des mains de Joachim le mémoire qu'il lui présentoit, et sans le lire, même sans le regarder, il le jeta dans un brasier qui se trouvoit là, et qui le consuma à l'instant; puis il ajouta: « Actuellement, n'est-ce pas, rien ne s'oppose à ce que nous allions à Rome? Ensuite, sans humeur, sans colère, sans un ton d'insulte, il congédia celui qui avoit envové de Naples, en 1809, des troupes pour assurer l'enlèvement. Ce trait d'un chrétien, d'un souverain clément, d'un politique, si l'on veut; ce trait sans aucune préparation, sans aucun sentiment d'ostentation orgueilleuse, que l'on a su par Joachim lui-même; ce pardon si promptement accordé aux plus dangereux de ses sujets et la naïveté des conséquences que le Pontife en tire pour un prompt retour à Rome, effrayèrent Joachim, qui n'étoit pas désintéressé dans cette affaire, s'il avoit, comme on le dit, sollicité les signatures apposées au bas de ce mémoire, et il n'osa pas apporter d'obstacles à la continuation du voyage triomphal du Pape.» (Artaud, id., p.81-83).

« Le 30 avril [1814], le Pape écrivit de Césène à Sa Majesté Louis XVIII. Après des félicitations, le Saint Père s'exprime en ces termes:
« L'évêque de Troyes (M. de Boulogne), connu par sa piété, est chargé expressément par nous de faire connoître à Votre Majesté les blessures que, dans la Constitution du sénat, on fait à la religion et à l'Église. Sire, les royaumes de la terre sont passagers [transitori], le seul royaume des cieux ne finit pas. Nous vous prions d'ouvrir les yeux avant de signer une telle Constitution... Après vous avoir recommandé les intérêts de la religion, nous nous croyons dans l'obligation de vous recommander les États de la sainte Église. Que ce qui est à César soit à César, que ce qui est à Dieu soit à Dieu ! Les hautes puissances alliées, avec l'applaudissement du monde entier, paroissent animées de cet esprit, et nous attendons d'elles nos États, malgré les obstacles que pourra susciter celui (Joachim) qui occupe en ce moment notre capitale et la plus grande partie de nos antiques domaines.» Pie VII arriva le 12 mai [1814] à Ancône, et fut reçu avec des transports indicibles de joie. Une foule de marins habillés uniformément, dételèrent les chevaux de sa voiture, y attachèrent des cordes de soie rouges et jaunes, et la traînèrent au mileu des cris d'allégresse. On entendoit l'artillerie des remparts, et le son des cloches de toutes les églises. Il descendit sur la place Saint-Augustin, donna la bénédiction, du haut d'un arc triomphal, de là passa à la loge des marchands, d'où il bénit la mer; puis il alla loger au Palais Pichi, où il resta jusqu'au 14. Le 13 il couronna, dans la cathédrale, l'image de la Vierge sous le titre de Regina Sanctorum omnium. Le 14, il partit pour Osimo; une garde d'honneur, vêtue de rouge, l'escorta jusqu'à Lorette. Dans son voyage, il ordonna d'accueillir avec bienveillance madame Laetitia, qui venoit demander un asile à Rome, et le cardinal Fesch qu'il traita avec une bonté particulière. Au moment où il apprit que le cardinal Fesch approchoit, le Pape dit: « Qu'il vienne, qu'il vienne; nous voyons encore ses grands-vicaires accourir à Grenoble au-devant de nous: Pie VII ne peut pas oublier le ton de courage avec lequel on a prêté le serment prescrit par Pie IV.».» (Artaud, id., p.84-85).

« [1818] M. Lucien vouloit quitter Rome, où il s' étoit réfugié à la suite d'une tentative qu'avoit faite un chef de brigands pour s'emparer de sa personne et demander une rançon. M. Lucien désiroit avec raison se rendre à Bologne; mais l'ambassadeur d'Autriche, M. de Kaunitz, y mettoit opposition. Le Saint Père dit doucement au cardinal Consalvi, que cette sévérité contre M. Lucien provenoit peut-être de quelque partialité que manifestoit Son Eminence, qui, dans toutes les circonstances, essayoit de le protéger. Mais on alloit entretenir le Saint Père d'une autre demande relative au chef de la famille Bonaparte. Le cardinal Fesch se rendit au commencement de mai à l'audience du cardinal Consalvi, pour lui annoncer que Napoléon et les personnes qui l'accompagnoient à l'île Sainte-Hélène s'afïligeoient de ne pas avoir de prêtre catholique, et sollicitoient la protection du Saint Père, pour obtenir qu'un ecclésiastique de notre religion leur fut envoyé. On demandoit surtout que Sa Sainteté instruisît promptement de ce désir le gouvernement britannique. Le Pape ordonna avec le plus grand empressement de commencer à cet égard les démarches convenables, et de les suivre avec toute l'insistance propre à les faire réussir. Le Saint Père dit alors des paroles remplies de charité, de bonté et de généreux intérêt, dont nous verrons l'effet plus tard.» (Artaud, id., p.207-208).

« La famille Bonaparte, réfugiée près du Saint Siège, témoignoit quelque joie de voir arriver l'empereur François Ier. Dernièrement, elle avoit éprouvé un chagrin qui cependant étoit inévitable. M. le cardinal Fesch, consulté sur le choix de l’ecclésiastique qui pouvoit être envoyé à Sainte-Hélène, désignoit M. l'abbé Félici; mais des renseignemens sur son caractère, qu'on avoit demandés à l'archevêque de Florence, qui connoissoit beaucoup M. Félici, ayant été peu satisfaisans, les pouvoirs du Saint Siège furent rétirés à cet ecclésiastique. Pie VII ordonna que sur-le-champ on en choisît un autre. Il se présenta un prêtre nommé Bonavita, presque octogénaire, qui demanda la faveur d'être préféré. Il étoit placé dans la maison Borghèse, et d'origine corse. Les informations prises sur sa conduite et sa moralité ayant été de tout point favorables, le Pape le substitua à M. l'abbé Félici, et lui ordonna de partir pour sa destination. Le courage de cet ecclésiastique, d'une santé peu forte et d'un âge si avancé, fut loué par tous ceux qui le virent entreprendre un si long voyage [1819].» (Artaud, id., p.225-226).

« [1821] Lorsque Pie VII apprit la mort de Napoléon, il montra le même esprit qui l'avoit porté à prier le cabinet britannique d'adoucir la captivité du grand guerrier, et il permit qu'un service funèbre fût célébré à Rome par les soins du cardinal Fesch. Le Pape dit encore, à cette occasion, plusieurs de ces mots consolans et tendres qui caractérisoient sa belle ame. Nous voyons ici disparoître la grande figure de Napoléon. Pie VIl demandoit avec avidité à connoitre les détails relatifs à la mort de celui qu'il espéroit avoir rendu à Dieu. Le Pape avoit franchement pardonné, et les assurances de bienveillance qu'il envoyoit à Sainte-Hélène ne devoient pas peu contribuer à réveiller, dans l’esprit de Napoléon, ces anciens sentimens de religion dont nous l'avons trouvé quelquefois animé. (Tom. II, pag. 190.) Ces sentimens alors étoient tels, que Pie VII, qui savoit attendre, lui disoit avec douceur: « Vous y viendrez. » Et Napoléon pouvoit-il ignorer que sa mère, trois de ses frères, une de ses sœurs recevoient à Rome une constante hospitalité! pouvoit-il ne pas s'en souvenir, lui qui aimoit sa famille, et qui peut-être l'a trop aimée ! » (Artaud, id., p.262).

« La maladie de Napoléon ne commença que le 17 mars 1821. Ce même jour, l'abbé Bonavita repartoit pour l'Europe, laissant auprès de l'empereur un autre ecclésiastique, M. l'abbé Vignali, que l'on traitoit avec déférence. Cet ecclésiastique, qui avoit remarqué dans Napoléon le progrès des sentimens religieux, méritoit et avoit obtenu la confiance la plus secrète du Saint Siège. Le 2 avril, un domestique annonça qu'on avoit découvert, la nuit, une comète vers l'Orient: « Une comète ! s'écria Napoléon, avec vivacité, ce fut le signe précurseur de la mort de César.» Le César Gaulois se croyoit averti; mais il vouloit se disposer à la mort autrement qu'un païen. Le 21 avril, il fit appeler M. Vignali, et lui dit: « Je suis né dans la religion catholique: je veux remplir les devoirs qu’elle impose, je veux recevoir les secours qu’elle administre.» » (Artaud, id., p.266).

L'abbé mourra: « Il y eut une petite fête domestique au Quirinal, le 14 mars [1823], jour où le Pape entra dans la vingt-quatrième année de son pontificat. M. de Chateaubriand qui étoit ministre des affaires étrangères depuis le 22 décembre de l'année 1822, entretenoit la plus parfaite intelligence entre le Saint Siège et le roi; la personne et les talens de ce ministre étoient appréciés à Rome. Les relations n'avoient jamais été plus tendres et plus amicales; il envoyoit au cardinal des consultations sur sa maladie, et des déclarations de médecins que lui avoit démandées l'ambassadeur. En même temps on sollicitoit la préconisation de M. de La Fare. Ce prélat fut nommé cardinal le 16 mai. Deux jours auparavant le Pape écrivit au roi.

         «
Très-cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.

 L'ambassadeur de Votre Majesté nous a présenté la lettre qu'elle nous a écrite le 23 avril, et qui contient les plus amples témoignages des services rendus à l'Eglise en France, par M. l'archevêque de Sens, de son zèle pour le bien de la religion... Votre Majesté nous a manifesté le désir de nous voir le récompenser par l'honneur de la pourpre, dans l'objet de le mettre en état de rendre à l'Eglise des services encore plus étendus et signalés... Nous avons la satisfaction de vous annoncer que dans le premier consistoire qui se tiendra le 16 du courant, le désir de Votre Majesté sera satisfait. En recommandant toujours plus à Votre Majesté toutes les Eglises de son heureux royaume, nous vous accordons, avec la plus paternelle affection, la bénédiction apostolique. Donné à Rome près Sainte-Marie-Majeure, le 14 du mois de mai de l'an 1823, de notre Pontificat le vingt-quatrième.
                                  PIUS. PP. VII.»

Sur l'original, le mot Pius est écrit très-lisibleinent; mais les autres lettres, PP. VII, sont confuses et à peine lisibles. Le consistoire eut lieu le 16 mai. M. de La Fare fut préconisé, ainsi que dom Placide Zurla, moine camaldule, savant célèbre. Si d'un côté, la santé du cardinal Consalvi commençoit à se rétablir, de l'autre, celle du Pape s'affoiblissoit chaque jour. Le 6 juillet, le Saint Père s'étoit promené en voiture, il avoit même marché un peu pour prendre de l'exercice. Le soir il congédia son service, puis s'entretint avec son auditeur. Ensuite Sa Sainteté étoit restée seule, malgré les recommandations du cardinal Consalvi qui supplioit les camerieri de ne jamais laisser leur maître sans qu'il se trouvât quelqu'un auprès de lui. Ce soir là, il voulut se lever dans son fauteuil, en s'appuyant d'une main sur son bureau, et de l'autre en cherchant un appui sur un cordon attaché à la muraille et disposé à cet effet; mais s'étant soulevé avec peine, le Saint-Père ne put atteindre ce cordon, et il tomba sur le carreau de marbre, entre la table et le fauteuil. La tête ne porta pas: le côté gauche seul souffrit de tout le poids de sa chute. A ses cris on arriva, on le plaça sur son lit, et à la première visite, les chirurgiens déclarèrent que le col du fémur étoit cassé. La nuit le malade fut agité, mais sans fièvre. Cet accident avoit eu lieu le jour de l'anniversaire du fatal enlèvement du 6 ou 7 juillet 1809. Les médecins ordonnèrent de cacher au malade l'état de fracture; cependant il demanda lui-mêm le viatique. Une catastrophe horrible devoit encore effrayer les Romains. La nuit du 15 au 16 juillet, la célèbre église de Saint-Paul hors des murs, dont Pie Vll avoit tant d'années habité le couvent, devint la proie des flammes. L'incendie se déclara à une heure après minuit; déjà à six heures la magnifique charpente en bois de cèdre, que quinze siècles avoient respectée, étoit dévorée par le feu. On voyoit amoncelée, parmi les ruines embrasées, une partie des 120 colonnes qui soutenoient les nefs de ce temple, un des plus imposans, des plus vastes et des plus riches monumens de l'univers. On attribua cet incendie à la négligence d'un ouvrier qui travailloit sur le toit de l'édifice, à réparer les plombs des canaux pour l'écoulement des eaux. Cet homme laissa tomber, sans l'apercevoir, un charbon allumé, d'un réchaud nécessaire à son ouvrage.» (Artaud, id., p.281-283).

« Louis XVIII fit expédier de Paris, sur la demande de l'ambassadeur, un de ces lits mécaniques que l'on venoit d'inventer en France, et qui permettent de soulever un blessé sans le tourmenter. Lorsque M. de Chateaubriand entretint le roi de cette demande, ce prince, qui connoissoit les souffrances et savoit compatir à celles des autres, s'occupa lui-même des détails relatifs à la structure de ce lit. Le 12 août le peuple de Rome vit avec étonnement et avec une profonde sensibilité entrer, par la porte du Peuple, une voiture sciée en deux parties, dont on avoit enlevé toute la partie droite pour y placer le lit mécanique envoyé au Pape. Le courrier du cabinet, chargé en même temps des dépêches, étoit assis dans l'autre partie conservée de la voiture, où on lui avoit ménagé un siège mal abrité. Dès que le malade fut placé sur ce lit, il ressentit du soulagement. Il ordonna que l'on remît au courrier cent doppie d'or, demanda un peu de nourriture, et prit son chocolat accoutumé. On lui parla de la douleur de Rome; il répondit par le signe de la bénédiction, et parvint à s'endormir. Le lendemain il se trouva mieux. Il pria ceux qui l'entouroient de s'entretenir devant lui des événemens ordinaires de la ville. Quelques personnes ayant nommé le vieux chevalier Italinsky, ministre de Russie, qui étoit venu dans les antichambres du palais, le Pape dit qu'il aimoit beaucoup ce ministre, et il répéta les mêmes paroles quelque temps après au cardinal Consalvi. Le malade fut assez tranquille le 18, mais, le 19, les symptômes les plus graves se déclarèrent: le Pape prononçoit vaguement les mots de Savone et Fontainebleau. Bientôt la voix s'altéra; et, à quelques sons de paroles latines, on reconnut qu'il étoit constamment en prières. Les églises se remplissoient de personnes pieuses. Il régnoit un sentiment de regret universel. Il n'y avoit, écrivoit l'ambassadeur, aucune apparence de mauvais esprit, ni d'autre agitation que celle de la douleur. Le soir, il ne fut plus possible au malade de prendre la moindre nourriture, et le 20 août, à cinq heures du matin, cette vie si pure, si sage, si forte dans beaucoup de circonstances, devoit s'éteindre. Ainsi mourut le souverain Pontife Pie VII, à l'âge de quatre-vingt-un ans et six jours, après un règne de vingt-trois ans cinq mois et six jours.» (Artaud, id., p.284-286).
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